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Césaire : La voie royale d’un grand poète

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Publié le 27/06/2010

Hommage rédigé par Georges DESPORTES, écrivain, président de l’Institut Aimé Césaire, à l’occasion des cérémonies de commémoration de l’anniversaire de la naissance d’Aimé Césaire le 26 juin 1913.

Le poète et sa démarche

Comme s’il eût craint toute mutilation à venir, toute déviation systématique de sa pensée ou de ses conceptions, Aimé CESAIRE s’est ingénié à établir dans le langage le plus clair, avec la précision de pensée qui le caractérise, tous les aspects de ses théories poétiques. Nul mieux que CESAIRE lui-même ne s’est appliqué à dévoiler le contenu esthétique, philosophique, social et politique, moral, de son œuvre poétique ; à souligner ses attaches et ses liaisons, à signaler ses différences fondamentales. Au fait, la, poésie de CESAIRE est à l’origine une lutte ouverte, une bataille culturelle contre une forme de culture périmée, décadente. Une rupture sensationnelle avec la poésie exotique d’une part, et la poésie classique conventionnelle, d’autre part. En premier lieu, il se définit comme un révolutionnaire de la culture, dans la lignée des « horribles travailleurs » dont parle RIMBAUD et des « aéronautes de l’esprit » dont parle NIETZSCHE. Ses lignes de force sont donc : BAUDELAIRE, MALLARME, RIMBAUD, LAUTREAMONT, BRETON… Cette bataille culturelle contre une forme de culture décadente est symboliquement définie comme la revanche de Dionysos contre Apollon. Dans Origine de la tragédie, le philosophe allemand NIETZSCHE écrit : « C’est à ces deux artistes divins, Apollon et Dionysos, que se rattache notre conscience de l’extraordinaire antinomie, tant d’origine que de fin, qui existe dans le monde grec entre l’art plastique apollinien et l’art dénué de formes, la musique, l’art de Dionysos. Ces deux instincts impulsifs s’en vont côte à côte, en guerre ouverte le plus souvent ».

Antinomie du mystique et du magique

Apollon est le type religieux, Dionysos le type païen. L’un représente le rationnel, le conscient, le rêve. L’autre l’irrationnel, l’ivresse, la passion. Dionysos, en effet, est le type, dit NIETZSCHE, « d’un esprit qui accueille les contradictions de la vie et les résout », car selon lui, le problème est celui de « la signification à donner à la souffrance. L’homme tragique dit oui, le chrétien dit non en face du sort le plus heureux de la terre ». Ainsi donc, en résumé, Apollon c’est la clarté, le ciel, la lumière ; Dionysos les ténèbres, la terre, les forces de l’ombre. Apollon c’est l’inspiration olympienne, le bon sens, le sentiment épuré, la parole claire, la logique calme, la pondération ; enfin le classique. Dionysos, c’est l’inspiration tellurique, le bouleversement dialectique de l’image, de l’instinct, la démence, le délire, l’informe, le cri, le hurlement ; enfin le romantique.

Maintenir la poésie

Dans Tropiques (N° 8 et 9)- dans le texte intitulé Maintenir la poésie, CESAIRE a défini e plusieurs points les tâches du poète, sa mission, son activité, son comportement et sa vocation, à savoir : se défendre du social, dépouiller l’existence dans le silence et les hauts feux glacés de l’ humour, conquérir par la révolte la part franche de soi-même, prendre le train des explosions, revendiquer un héritage de fièvres et de séismes, faire valoir une poésie maudite, toute de connaissance et non plus simple divertissement. Enfin, reconnaître le poème, toujours, à sa charge de poudre, de scandale, de déroute, de folie, d’éblouissements.- Autrement dit, la poésie est devenue une arme, l’outil le plus efficace du poète avec lequel il tâchera de libérer, de façon insurrectionnelle, toutes les puissances énergétiques cachées du cosmos et de l’inconscient humain. La poésie doit accélérer la fin d’un monde, contribuer à la confusion systématique des prétendues valeurs sociales et traquer l’homme jusque dans ses divers retranchements métaphysiques. Il dit : « Parce que nous vous haïssons vous et votre raison, nous nous réclamons de la démence précoce, de la folie flambante, du cannibalisme tenace ». La première originalité de cette conception hardie de la poésie, c’est que, avec CESAIRE, elle devient une entreprise consciente et volontaire avec des objectifs déterminés et concrets. Elle demande à être vécue dans le feu de la pratique vivante. Et voici l’univers remis en cause, le monde, la vie, l’esprit de l’homme, le langage de l’homme. La poésie devient, marquée au coin de NIETZSCHE, « volonté de puissance et transmutation de toutes les valeurs ». Il y a une conquête du monde spirituel comme il y a une conquête du monde terrestre. Il y a une géographie réelle de l’esprit, comme une histoire des lois de la nature et de l’esprit humain. Et le poète, possédant toutes les têtes de pont de la culture universelle, se maintient au grand jour de l’histoire. En raccourci, il historise toutes les acquisitions du passé car il a assimilé la somme de connaissances de son temps, de façon à orienter fortement l’avenir, à préparer ainsi les voies du renouvellement et du progrès.

L’avènement d’une poésie nouvelle

Réintégration dans le cosmos, mais aussi et surtout, intégration active dans le social. En fin dernière, le poète ne se propose rien moins que le renversement de la poésie classique ; et son grand dessein est de faire triompher la dictature poétique, conçue de façon insurrectionnelle et permanente. En résumé, l’avènement d’une poésie nouvelle qui serait la vraie poésie, la poésie réelle, la poésie du réel, en regard de l’ancienne poésie, conventionnelle, définie comme fausse et décadente. L’hostilité qui oppose le poète révolutionnaire au poète classique –Dionysos et Apollon- c’est la question du pouvoir : c’est la lutte sur le plan de l’esprit, le combat de l’ancien, la ruine de l’ancien pour le renouveau. Remarquons que c’est bien, en effet, un renversement total des valeurs que CESAIRE entend instituer et non une quelconque réforme culturelle. Le fait principal demeure que l’esprit a passé de la logique à la dialectique, après avoir inventorié de fond en comble le savoir humain. Et d’ailleurs, qu’est-ce qu’un poète, se demande CESAIRE « Sinon un homme qui, sourd à toutes les injonctions de la logique, s’obstine à croire que la nuit est aussi belle que le jour, que le jour est aussi mystérieux que la nuit, qu’il y a des mots pour arrêter ou pour précipiter le temps, pour apaiser les fauves ou découvrir les trésors ; un homme qui, avide d’aller pour y voir à l’envers des choses soupçonnées d’être aussi riche que leur endroit, force pour cela l’allure de la pensée et dont toute la pauvre science maudite n’est que de savoir ouïr et capter les merveilleux messages qui, à toute minute, crépitent inaudiblement sur les ondes des pays d’outre-raison ? » Dans l’ordre spontané métaphorique de sa démarche spirituelle, le poète est découvreur de monde, découvreur d’objet et dépisteur de rêves, parce que recherchant la transformation de l’être et de la vie. Il est magicien et prophète. Au terme de la poésie : voyance et connaissance.

Il n’y a pas de différence fondamentale entre le poète et le politique

Avec le surréalisme (« Automatisme psychique pur par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute façon le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée en absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale »), selon la définition d’André BRETON, CESAIRE va donc explorer l’irrationnel de l’inconscient collectif nègre pour tenter d’accéder à une conscience plus large, riche de toutes les conquêtes des profondeurs. Sous cet aspect, la poésie du poète s’identifie avec la liberté totale de l’homme, qui comprend forcément celle de sa pratique sociale. D’une part libération de l’esprit, d’autre part affranchissement social ; car le poète noué au monde est de plain-pied avec la réalité, avec la vie, car il vit et lutte dans la nature, contre la nature, avec des hommes, parmi des hommes, dans une société, sous un régime donné. Qu’il le veuille ou non, la poésie personnelle du poète ne pourra que refléter son existence sociale. Et avec les éléments du message individuel, l’élaboration poétique devra donc politiquement s’alimenter aux sources matérielles de la conscience de classe. La poésie de CESAIRE ne peut être séparée arbitrairement de son activité sociale. Il n’y a pas de différence fondamentale, par conséquent, à établir entre le poète et le politique. L’un annonce l’autre, , l’autre est l’aboutissement de l’un. En outre l’art, en définitive, superstructure idéologique et particularité d’une forme de conscience sociale, étant expression symbolique, sublimation médiane de la réalité, participe, comme on le sait, à chaque étape déterminée, du contenu positif de la société, de ses rapports de classe. De nos jours, on ne peut donc plus parler de poésie pure, car l’art trahit plus ou moins un contenu politique. Le poète, en effet, se révèle aussi bien par ses refus et par ses limitations, ses sympathies et ses antipathies, ses silences, ses écarts, que par ses affirmations, ses dénégations, dans la forme de sa poésie et dans le choix de ses sujets lyriques. C’est pourquoi, sans se cantonner pourtant uniquement dans l’activité militante, la poésie de CESAIRE sera avant tout une poésie humaine, une poésie de la misère, contre l’oppression et la tyrannie, une poésie de la liberté.

Le grand branle-bas de la négritude

Ainsi le poète, toujours à la recherche de la découverte rassasiante du monde et de la vie, n’a en vue que de changer la vie et de transformer le monde. Il est convaincu avec BRETON que « C’est des poètes, malgré tout, dans la suite des siècles, qu’il est possible de recevoir et permis d’attendre les impulsions susceptibles de replacer l’homme au coeur de l’univers, de l’abstraire une seconde de son aventure dissolvante, de lui rappeler qu’il est, pour toute douleur et toute joie extérieure à lui, un lien perfectible de résolution et d’écho ». En préconisant le fameux mot d’ordre, à savoir « le tout à faire de l’existence de la vie et de la personne », CESAIRE relevant le défi de la civilisation blanche et son déni de justice vis- à-vis du nègre, propulsait, de tout l’élan de sa poésie, le grand branle-bas de la négritude qui, comme on le sait, fit entrer les nations et les hommes noirs sur la grande scène de l’histoire contemporaine. A son échelle, Aimé CESAIRE réalise l’ambition faustienne même : le savoir allié au pouvoir. A son sujet, retenons, pour finir, de son ami René MENIL, son plus proche collaborateur de la revue Tropiques, cette forte et belle sentence : « Il plaît, à l’encontre de ce siècle où tant de célèbres bavards ont tant parlé, d’imaginer ce spectacle grandiose : un homme, armé du pouvoir poétique, s’élevant fort au-dessus de son peuple et bouleversant la vie sociale de son pays par un seul mot prononcé ». (L’action foudroyante- Tropiques)

Avec CESAIRE, la poésie est devenue vraiment une force de frappe et la plus étonnante du monde littéraire.

Georges DESPORTES

Cliquez ici pour lire les 2 commentaires

  • 56 ans député maire, la martinique toujours dans la misère, lui a bien vécu comme un vrai fonctionnaire, je le surnomme l’antropophage, boire rhum blanc, coquer blanc. manger blanc
    Quand j’au eu faim en Martinique, j’ai essuaté de manger un livre de poèsie, j’ai garder ma faim, lui a bien vécu.
    La martinique continue de vivre sans lui.
    Laisser les morts entérer les morts.
    Préoccupez vous des vivants qui sont dans la misère, provoquée par des terroristes fonctionnaires qui sucent le sang des entreprises et des salariès du secteur privé.
    Si c’est cet individu que vous appelez un humaniste, moi je suis l’univers !
    Que de paroles pour ne rien dire et vivre auw crochets des autres !!!!!!!!!!
    Travailler de vos mains au lieu de sortir des excréments de votre bouche, (parole d’un sage hindou)

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