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Georges Gratiant, avant Pierre Aliker, était-il le "doublon" d’Aimé Césaire ?

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Publié le 29/07/2010

Au terme de la saison culturelle du Sermac, qui a rendu un hommage vibrant à Pierre Aliker, quelques pensées vont à Georges Grantiant, son prédécesseur à la mairie de Fort-de-France. Un article paru dans la presse locale rapporte que la veuve de l’ancien maire du Lamentin aurait « raconté comment son mari Georges, pourtant tête de la liste victorieuse aux élections foyalaises de 1945, a cédé sa place à Aimé Césaire ». Trop grosse pour être une falsification, il s’agit très certainement d’une grossière erreur de transcription. On n’a pas pu laisser dire cela à Mme Gratiant.

Aimé Césaire est bien celui qui a conduit le parti communiste à la victoire. Cependant le passage qui exprime le dépit de la veuve de Georges Gratiant ne saurait se limiter à son aspect anecdotique ou affectif. Sinon cette façon de voir les choses devrait être renvoyée aux sentiments tout aussi pénibles qu’a pu éprouver la famille du prédécesseur de Maître Gratiant à la mairie du Lamentin, Fernand Guilon, l’« oublié » du PCM. Même dans ce cas particulier, l’histoire pourrait trouver à s’exprimer et y trouver du sens.

Gratiant a peut-être créé Césaire, l’homme politique.

En effet, ce que dit Mme Gratiant renvoie à une réalité qui n’est pas sans signification politique. Il est exact que son mari a payé de sa personne la venue en politique d’Aimé Césaire. Dans un premier temps, il avait été le candidat pressenti par son parti. Par ailleurs, il a été celui qui, faisant le siège du sémillant professeur de lettres, a convaincu ce dernier, bien qu’il ne fût pas communiste, de porter les couleurs du parti. Cela s’est passé au Lycée Schoelcher, au cours de longues conversations entre les deux hommes. Sans cette proximité spatiale et l’acharnement de l’attaché d’intendance, celui-ci n’aurait sans doute pas eu raison des réticences de Césaire. En revanche, Gratiant n’ayant pas eu encore la notoriété qu’on lui connaît, il avait, de l’avis de tous, peu de chance de remporter la victoire. Le dirigeant du parti communiste n’a pas fait preuve ni d’égocentrisme ni d’altruisme mais de lucidité et de clairvoyance. Mme Gratiant n’a pas osé le dire, ni le PCM le suggérer : Gratiant a peut-être créé Césaire, l’homme politique.

Georges Gratiant, maire-adjoint de l’époque pionnière de la départementalisation.

Etant à l’origine de la décision du jeune professeur et de son succès, il en devint naturellement le second, celui qui allait remplacer le maire au cours de ses longs séjours de parlementaire en métropole. On comprend que Mme Gratiant prenne ombrage de l’oubli de cette période de onze ans où son mari a rempli la même mission que celle que devait conduire Pierre Aliker et qui vaut tant d’honneur à ce dernier. Cette période de mise en œuvre de la départementalisation pouvait être considérée comme pionnière à tous égards, notamment au plan de la santé publique, qu’évoque souvent M. Aliker sans mentionner son prédécesseur. Ainsi, un élément ressort de la pratique politique de Césaire : il s’est toujours appuyé sur un fidèle second pour tenir la boutique municipale. Ainsi, de 1945 jusqu’au début des années 80, la réalité quotidienne de la fonction de maire de Fort-de-France a été assurée, jusqu’en 1956, par Maître Gratiant, et après, par le docteur Aliker. On ne pourrait pas expliquer les honneurs dont bénéficie aujourd’hui Pierre Aliker sans ce long exercice où Césaire était plus souvent en métropole que dans le département.

Le double attachement de Gratiant et la fidélité indéfectible d’Aliker

On confond souvent l’activité politique de Césaire et celle du PPM dont les écrits ne parlent pratiquement jamais de Gratiant. J’ignore avec quelle compétence et quelle autorité celui-ci avait pu jouer son rôle auprès de Césaire. Des informations pourraient utilement être rapportées par les témoins de l’époque. Mais la cassure irrémédiable entre Césaire et les communistes ainsi que les sentiments, y compris de haine, qui se sont développés à son égard ne sont sans doute pas étrangers à l’« oubli » dont fait preuve l’ancienne figure de proue du Parti. Et puis, n’oublions pas l’adage : « malheur aux vaincus ». Par ailleurs, même si les deux « seconds » successifs ont toujours été fidèles dans l’exercice de leurs fonctions municipales, Pierre Aliker ne s’est plié qu’a une seule fidélité, celle vouée à Césaire, tandis que Gratiant était tenu à un double attachement, celui accordé à son parti ayant finalement prévalu.

Fort-de-France eut toujours deux maires pour le prix d’un

Il en résulte que mieux que des premiers adjoints, Césaire a eu deux véritables doublons. Cette donnée fondamentale a été une caractéristique déterminante de la longévité politique du poète et du visage politique actuel de la Martinique. On pourrait y ajouter en second plan, un troisième visage, celui de son stratège et conseiller politique sans doute le plus écouté : Camille Darsières. En réalité, en une sorte de Janus bifrons, Fort-de-France eut toujours deux maires pour le prix d’un. En plus du fidèle de Césaire, c’est vraiment un ancien maire que vénère aujourd’hui la ville. De sorte que les honneurs reconnus aux deux personnalités n’ont pas été partagés, mais additionnés. Quant aux réalisations qu’ils ont léguées à Serge Letchimy, leur évaluation n’a pas été considérée, ni leur présentation offerte, avec la même ferveur. Avec toute la sympathie que suscite le maire actuel dont je ne voudrais pas abuser de la réelle modestie, sa présence à la tête de l’édilité apparaît, sauf l’onction officielle reçue, comme étant dans la lignée de ces doublons, à la confiance interrompue, pour l’un, à la fidélité indéfectible, pour l’autre.

Yves-Léopold Monthieux, 25 juillet 2010

(Photo : Georges Gratiant, au centre et en médaillons)

Cliquez ici pour lire les 6 commentaires

  • Gratiant introduit Césaire au parti. Le parti impose la départementalisation et Césaire suit. Césaire se rend compte que le parti se moque de la négritude. L’axe de la colonisation est braqué vers le génocide par substitution. Le parti se moque aussi du génocide par substitution – ce n’est pas son affaire. Césaire quitte le parti pour bafouiller l’autonomie ambigüe.

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  • Tout cela est certain, mais ce n’est pas 11 ans de fidélité et d’amitié, mais + de 55ans d’amitié et de fidélité qui ont été célébré.
    Depuis leur années d’étudiant jusqu’à la mort et même au delà de la mort, la fidélité etl’amitié d’Aliker à CESAIRE.
    Au moment de la lettre à Maurice THOREZ, Aliker soutien CESAIRE, ce que ne font pas les communistes martiniquais.
    Et s’ils avaient suivis CESAIRE... Le PPM ne serait jamis né et le PCM aurait été... Le mot d’ordre d’autonomie qu’il adoptera des années plus tard aurait eu quel impact à l’époque. N’oublions pas que l’azffaiblissement des communistes datent de la cission. Que serait devenu la martinique si Gratiant avait suivi CESAIRE ?
    Cette question me semble importante et essentiel.

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  • A travers les histoires d’hommes c’est l’histoire des avancés et des reculs politiques de ce pays qu’il faut reconstituer ainsi que celle des responsabilités des acteurs concernés. Autrement on participe de fait à la rénovation en cours d’un mode de pensée primaire où tout se réduirait à la geste d’un "mèt piès", d’un "papa". Nous sommes là au coeur même du populisme. Et tout laisse à penser que la modernisation de cette idéologie engagée depuis peu vise à la rendre compatible avec, d’une part, un système méticuleux et méthodique de réseaux, d’autre part, avec une sorte de paravent démocratique, comme entre autres exemples les assemblées participatives ou encore, comme on l’a vu dernièrement, des élections avec plus de 70% d’abstentions.

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  • Merci à Yves-Léopold Monthieux de participer à la mise en lumière de Georges Gratiant.
    Presque certaine qu’un complément d’info sera porté par ceux qui savent.
    Joëlle

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  • Le droit à la vérité historique. Que le PPM et ses affidés choisissent délibérément d’ignorer que Césaire a été élu Maire de Fort-de-France en 1945 sur une liste du parti communiste, aux côtés de Georges Gratiant entre autres, c’est leur affaire ! Mais les Historiens ne peuvent gommer que Césaire a exercé ses premiers mandats de Maire, de 1945 à 1956, pendant 9 ans, avec Georges Gratiant, militant communiste, comme 1er adjoint ; c’est la réalité, un fait historique. Le militant PPM, comme tout Martiniquais, a droit à cette vérité historique ! Cela devrait le conforter dans ses convictions, dans sa volonté de développement personnel et de construction de son pays.

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  • Georges Gratiant, avant Pierre Aliker, était-il le "doublon" d’Aimé Césaire ? 31 juillet 2010 12:59, par Michel Branchi, rédacteur en chef de Justice, Economiste

    Georges Gratiant, 1er adjoint de Fort-de-France pendant plus de dix ans avant Pierre Alike
    Il est paradoxal que ce soit un homme de droite comme Yves-Léopold Monthieux qui rappelle dans « Politiques publiques » le 29/07/2010 le PPM et Serge Letchimy à une certaine décence s’agissant du rôle de Georges Gratiant et cela en rappelant simplement les faits :
    1) Gratiant s’est retiré pour laisser la place à Aimé Césaire comme tête de liste du Parti Communiste en 1945, estimant que ce dernier était mieux placé ;
    2) Jusqu’en 1956, date de la démission de Césaire du PC, il fut le maire de fait de FDF, vu les absences fréquentes de Césaire, député et poursuivant une carrière d’écrivain en France.
    3) La fidélité de Georges Gratiant à son Parti, à son idéal de communiste, et non à un homme, fût-il le prestigieux Aimé Césaire ;
    4) Par contre, l’article ne reconnaît pas clairement que les grandes réalisations de cette époque portent la marque de Gratiant et du PC : cantines, crêches, écoles, assainissement, logement, etc.
    Yves-Léoplold Monthieux écrit en effet : ". J’ignore avec quelle compétence et quelle autorité celui-ci (ndlr : Georges Gratiant) avait pu jouer son rôle auprès de Césaire". Il suffit pour s’en faire une idée précise de lire le petit livre de Georges Mauvois : "Georges Gratiant. Un avocat dans le siècle" (K éditions 20 €) à la Librairie Alexandre. Plus précisément les pages 74 à 86.
    Il faut, pour finir, faire une petite clarification sur la phrase attribuée à Jenny Gratiant, veuve de Georges Gratiant, rapportée par Antilla (n° 1413 du 22 au 29 juillet 2010) et que cite Yves-Léopold Monthieux : elle aurait « raconté comment son mari Georges, pourtant tête de la liste victorieuse aux élections foyalaises de 1945, a cédé sa place à Aimé Césaire ».
    Yves-Léoplod Monthieux relève avec justesse que ce propos rapporté par un « article paru dans la presse locale » (Antilla en l’occurrence) est trop gros pour être une « falsification », mais qu’il doit s’agir d’ « une grossière erreur de transcription ». Il assure qu’ « on n’a pas pu laisser dire cela à Mme Gratiant ».
    En réalité, Antilla reprend dans sa présentation-un peu rapide, il est vrai- un article de Georges Erichot paru dans Justice n° 28 du 15/07/2010 relatant la soirée d’hommage à Georges Gratiant le vendredi 9 juillet à la médiathèque du Lamentin.
    Et Georges Erichot, cité avec honnêteté par Antilla, a écrit exactement : « (…) Au lendemain de la guerre, le voilà engagé avec ses camarades communistes dans une lutte victorieuse pour la conquête de la ville de Fort-de-France dont il devrait être logiquement le maire, puis le député.
    Et c’est son épouse qui nous raconte comment il a préféré se désister au profit d’Aimé Césaire, alors plutôt hésitant. (…) ».
    Donc Mme Gratiant n’a pas dit que son époux était tête de la liste victorieuse aux élections foyalaises de 1945.
    Conclusion : lisez Antilla et… Justice.
    Et tant mieux si une partie de la vérité est enfin rétablie aux yeux de nos compatriotes.
    Cordialement
    Michel Branchi, rédacteur en chef de Justice, Economiste.

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