Guéant : La "Lettre à Maurice Thorez" du Député Letchimy
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Serge Letchimy n’y est pas allé par quatre chemins pour dire ce mardi 7 février 2012 à l’Assemblée Nationale, tout le mal qu’il pensait des déclarations de Claude Guéant sur les civilisations. Le député de la Martinique, apparenté PS, s’est, en faisant référence à la Shoa, attiré les foudres du gouvernement, de la droite et de l’extrême droite. Mais il a aussi provoqué le trouble dans les rangs de ses amis de la gauche française. Et permis à l’UMP d’attaquer François Hollande et son entourage, dont fait partie le député Letchimy, grand organisateur du déplacement du candidat socialiste en Martinique le mois dernier.
On le sait, les rappels aux camps de concentration et au crime nazi sont choses sensibles dans la société française, et doivent être manipulés avec grande précaution. Mais Serge Letchimy n’aura t-il pas fait ce choix en connaissance de cause ? Et si ce risque de choquer une bonne partie des français, de droite et de gauche, s’équilibrait largement en un contentement immédiat, mais également profond, d’une bonne partie de ses concitoyens "d’outre-mer" ?
En effet, si les "français de France" goûtent peu aux allusions à la Shoa, les peuples des départements et collectivités "ultramarines" sont eux particulièrement sensibles, du fait de leur histoire elle aussi cruelle, à ce qu’ils peuvent considérer comme des atteintes à la diversité et à la multiculturalité qui constituent l’essence même de leur jeune identité.
Revendiquant fermement - à chaque élection, à chaque consultation, à chaque mouvement social - leur statut de français à part entière, les antillais, guyanais, réunionnais, notamment, vivent mal la stigmatisation des différences dans l’hexagone. Ainsi, souvent et paradoxalement peu amènes avec nos voisins Haïtiens, Sainte-Luciens ou Dominicais, il nous est insupportable de voir la France officielle "maltraiter" les différences. Par peur peut-être du délit de faciès qui ferait de nous des victimes accidentelles de cette maltraitance. Par conscience sûrement d’être français, mais différents.
Loin des préoccupations tactiques des présidentielles, mais sans aucun doute convaincu d’être fidèle à son électorat et à ses concitoyens, Serge Letchimy aura peut-être eu le sentiment d’écrire à sa manière, ce mardi 7 février 2012 sa propre "lettre à Maurice Thorez", qui témoignerait - au-delà des frontières de la Martinique - de sa filiation avec le grand homme. Aimé Césaire, en rupture avec la pensée dominante de 1956, et en rupture avec ses propres camarades du Parti communiste, avait rompu à travers cette lettre avec des codes politiques dont ne pouvait s’accommoder sa lutte anti-coloniale.
FSRR
Photo : En haut à gauche, Serge Letchimy, avec Aimé Césaire, à Fort-de-France
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