Le temps et l’argent...
Une Chronique de Malik DURANTY pour Politiques Publiques.
"Il y a tant de thématiques plausibles entre les problématiques sensibles, visibles et invisibles de notre ère sociale. Que chaque opportunité de s’exprimer est à saisir. Car, il convient de partager ce fondement d’une nouvelle ère.
Il n’y a pas si longtemps, nous étions tous au constat d’une crise sociétale. Celle-ci manifestée par les pawòl partagées ici et là dans tous les lieux de nos relations. Nous avions un temps pris dans une partie de notre vie collective pour :
Nous remémorer l’inacceptable.
Nous souvenirs de l’irréfutable.
Et, nous penser dans le lancement d’une autre ère.
Cette fameuse recherche du jour de demain.
Aujourd’hui même, il nous apparaît clairement l’une des plus grandes contraintes de notre vie sociale. Il s’agit du temps. Lui qui est relatif à l’argent. Dès lors, voilà le temps et l’argent ces deux bonnes raisons de notre hargne quotidienne. Elle s’exerce alors que le rythme de nos vies sociales est effréné. Ce constat nous pouvons le faire à toutes les dimensions auxquelles l’on puisse imaginer ce rythme. Lui ne laisse pas grand chose à la commémoration, aux souvenirs et à la penser. Il ne laisse pas grand choix à la conquête, à l’acquisition et à la transmission. Le temps et l’argent ne laissent pas grand chose à la rencontre, à la relation avec les lieux. Ils ne laissent pas de lieux de relations. Ils ne laissent que des lieux de consommation. Là où, désormais nous nous rencontrons en coup d’œil.
En effet, la mécanique de l’habitude est encore l’une de nos logiques existentielles. À tous les coups ou presque, les aléas font notre malheur. Nous avons mille risques de nous-mêmes, plus les aléas naturels. Et, nous sommes là. Pourtant bien là.
À nos yeux, l’actualité semble être devenue ce bien de consommation. Dès lors, il est le propulseur du fracas de la nouvelle. Elle, cette nouvelle, est désormais percutante et éphémère comme l’actualité. Elle ne fait qu’une brève apparition dans notre pensée, passe rapidement dans nos souvenirs et parfois, ne fait même pas partie de notre mémorisation. Et alors, à cela seulement, nous pouvons nous demander : Comment va être réussi la patrimonialisation de nos erreurs et de nos progrès actuels ? Qu’elle sera le legs pour ceux à-venir ? Les vaisseaux politiques de notre pays avancent dans une mer calme. Là où, pas même une houle citoyenne n’ouvre le débat assez longtemps pour que notre société s’en empare. Ce sont ces vaisseaux qui sont et font les sujets emparés par notre société. Elle-même désemparée d’elle-même selon certains. Cependant, nous sommes dans une période transitoire. Un aller-vers-autre-chose. Alors demandons-nous : qu’est-ce donc que cet autre chose ? Et, certains diront : « Que nul ne sait ! ». Une réponse qui déambule comme funambule ivre de sommeil. Or, ce fatal positionnement ne devrait pas être celui d’une société comme celle d’ici là et par ailleurs.
Violemment nous vivons cette société
De ce premier questionnement de partage avec vous lecteur, permettez celui qui nourrit les craintes en l’à-venir hurler à mort. Il s’agit de la Violence. Celle que l’Homme inflige à cette Terre insulaire et à ses abords dessous la mer ? Celle des hommes et des femmes entre eux ? Celle des enfants miroirs exagérés des générations avançant dans la sagesse des âges ? Celle de notre mode de vie, de notre mode d’échange, de notre mode d’écoute, de considération, de jugement, de condamnation, de notre manifestation, de notre déperdition ? Oui, déperdition, puisque ce sont des enfants du Peuple qui tombent ? Quelle est la guerre qui se trame en froideur dans nos regards sur nous-mêmes et les autres ? Le plus dure, c’est qu’il s’agit de l’effet de tout un système de violence entre les adultes qui donnent, aux enfants et adolescents, le champ du possible. Celui de gestes agressifs et violents.
Les acteurs, en charge de la compréhension et de l’action face à ce phénomène de société, sont à l’affluence :
des représentations répressives du traitement du sujet par les forces de l’ordre,
des représentations du désengagement des familles,
des représentations populaires (disons mythologiques),
ainsi que des représentations de l’inadaptation de l’École.
Il devient très difficile pour ces différents acteurs (culturels, sociaux, scolaires, policiers et de justice) de participer au processus d’éducation et d’épanouissement. Un processus qui devrait être accessible à tous, égalitairement et justement. Or, ces acteurs ne partagent pas forcément le même langage. Même si, ils partagent une rhétorique commune dans des langages différents. Par le système de financement actuel, ils sont plus placés dans une perspective de rapport concurrentiel que dans un rapport coopératif. Ce qui semble engendrer la démultiplication des logiques de clivage dans la société. Cette multiplication de cercles d’appartenance, de plus en plus restreints, donne lieu à une segmentation sociale amplifiée de segmentation d’ordre économique, nationalitaire, territoriale et culturelle. Bien entendu, cette segmentation multiple de la société n’est pas forcément un processus néfaste. Cependant, ce dernier est associé à un processus d’individuation, à une logique concurrentielle exacerbée et à une économique non confiante. Et tout cela engendre entre autre la prolifération de pratiques dites d’affrontement. Tous nous sommes partisans de quelque chose que nous défendons. À cela, tous nous dirons que c’est logique. Ceci dit, cette mise sous tension de la société n’a pour effet que la monté en intensité, en fréquence et en gravité de la violence. Depuis la sphère politique, à la sphère économique, à la sphère sociale, en passant par la sphère artistique, dans les bureaux et les commerces, tout est toujours une question d’acquisition et de conservation du pouvoir. Lui, qui dans l’état actuel des choses, ne peut être qu’un pouvoir de paraître.
Or de nos jours, Papa et Maman, Maman ou Papa doivent éduquer leur progéniture. Ils doivent travailler pour subvenir aux besoins du foyer. Dans le paradigme « travailler plus pour gagner plus », ils gagnent toujours moins de temps pour éduquer, se retrouver et partager. Les parents sont enfermés dans une réalité masquée à la compréhension des enfants et parfois même à leurs propres compréhensions. Ces parents ont gagné le temps de s’user plus pour moins de temps à se réparer et à partager leurs savoirs. Cependant, les réflexes du partage existent toujours entre nous. Oui, à bien regarder, la solidarité est encore active.
Ceci dit, il nous faut plus encore la faire se développer. C’est elle qui permet l’épanouissement. Le Koudmen est en train de se métamorphoser et de prendre des formes diverses qu’il nous faudra identifier, consolider et institutionnaliser. C’est-à-dire que nous devons les reconnaître comme étant à nous. Que nous les revendiquions, déclarions et les pratiquions. C’est l’un des liens primordiaux entre les familles. Il est celui d’une filiation de solidarité. Une peuple-famille qui se configure comme un immense réseau de solidarité.
Car, se segmenter dans des oppositions basées sur les jugements de valeurs des uns sur les autres. Des oppositions basées sur des recherches de culpabilité, sur des formes de stigmatisation, pour des batailles imaginaires et parfois virtuelles, cela semble générer le retour à des attitudes propres à l’état de nature. Il s’agit de celles de l’isolement et de l’agressivité. Alors, qu’on se le dise, la violence des jeunes n’est pas aux jeunes. Elle est à la société. Elle est une violence présente dans notre société. Une violence qui passe par eux. Cette violence qui progresse en se banalisant. Car finalement, que constatons nous ? Que l’on s’habitue à l’horreur, à la cruauté, à la barbarie. L’on recherche les solutions à une manifestation du mal-être en pointant du doigt le jeune. Alors que, tel qu’il soit, il joue sont rôle. Il manifeste, d’une façon comme d’une autre, le bouleversement d’une société. Les jeunes ne sont pas une catégorie homogène. Ce qui les différencie entre eux, ce sont ces lieux d’enfermement qui mènent à la rupture. Car, ce sont des lieux de l’illusion de notre liberté. Une illusion qui est faite d’un fatal regard sur ici et là de nous. Alors, désormais sous nous yeux, le fatalisme est une attitude transmise. C’est cela qui nous interroge.
Il est un certain nombre de pratiques dans ce pays. Un bon nombre d’entre elles sont le fait d’une reproduction sociale. Un phénomène qui illustre le processus de transmission/appropriation. Or, de toute évidence, même si progrès ne rime pas seulement avec intensification et mutation de forme, c’est ce que l’on observe concernant un certain nombre de pratiques. Parmi ces dernières, nous voyons tout de même que certaines n’ont pas fait leurs preuves. Tel est le cas, des pratiques de la domination, de la servilité et de l’agressivité. Pourtant, elles sont reproduites comme dans une recherche de progrès. Quelle ironie ? Faire progresser ce qui fait mal. Ce qui n’apportent aucune satisfaction en matière de bien-être individuel et collectif.
De ce fait, il serait intéressant de penser adopter une comportementalité (une adéquation entre la mentalité et le comportement) différente. Elle serait dite positive. Dans le sens où, elle serait en quête d’un regard neuf perpétuel et continuel. Un regard qui tenterait d’appréhender les éléments essentiels dans leur globalité, leur totalité et leur précision utile.
Alors retenons qu’ « un Homme n’a pas tant besoin d’influence que d’exemple »."
Malik Duranty, qui figure parmi les chroniqueurs de notre site, est à 31 ans Doctorant en Sciences Politiques à l’UAG, et auteur entre autres de la préface du livre "Qui ne connaît pas M. Domota".
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