"Lettre à mes amis indépendantistes "
Tribune de Max Dufrenot, membre de la liste "Ensemble pour une Martinique Nouvelle"
" Chers amis ,
Vous savez j’ai été membre fondateur du MODEMAS . Et puis un jour des circonstances ont fait que je suis parti et ai monté un groupe de réflexion ; mais je n’ai pas varié d’un pouce dans mon opinion ; je suis partisan toujours de la recherche de la « souveraineté optimale » , c’est-à-dire du meilleur degré de souveraineté bénéfique pour le Peuple.
On a parlé pendant ces élections d’abord de plus d’autonomie puis par grande élision d’autonomie.
L’autonomie est un changement de statut. Et nous sommes unanimes à exiger que ce changement de statut se fasse suivant notre droit à l’autodétermination. Le statut serait rédigé d’abord par nous, puis soumis au vote référendaire.
Quelque soit le parti indépendantiste ou autonomiste de quelque pays que ce soit aux Antilles Guyane, tout projet d’évolution institutionnelle est basé sur le principe inaliénable du droit à l’autodétermination.
On retrouve la revendication de ce droit depuis 1968 dans le premier mouvement indépendantiste de Guy Cabort-Masson, le MNLM (Mouvement National pour la Libération de la Martinique)
Même son de cloche quand en 1971, plusieurs organisations de patriotes dont le Comité de Vigilance Pilotin, Forces Populaires, et Zanma, et d’autres qui ne militaient dans aucun groupe politique, se sont rassemblées pour travailler ensemble sur le devenir du pays. Le mouvement « La parole au peuple », né en 1973 à l’occasion des élections législatives, à la suite d’une entente entre, d’une part, le P.P.M (Parti Progressiste Martiniquais) et d’autre part, MARIE JEANNE Alfred, maire de Rivière Pilote, entouré d’un certain nombre de militants d’extrême gauche du sud de l’île désirant se regrouper.
Base de l’entente
Un mot d’ordre : reconnaissance du droit à l’autodétermination.
Un mandat impératif des élus .
Dans le protocole d’accession à l’indépendance envoyé à François Mittérand par les leaders du MIM, on note que l’évolution proposée est basée sur le droit du peuple martiniquais à l’autodétermination. En 1990 la proposition d’ARU, assemblée Régionale Unifiée, qui ressemblait au projet de l’article 74 pour ses prérogatives législatives et réglementaires , contrairement au projet de plus d’autonomie dans l’article 74, découlait d’un processus d’autodétermination.
Le journal du CNCP, « Assez Pléré en nou lité » dans son numéro de Mai 2009, 295, titre « Pour imposer le respect de notre droit à l’autodétermination » .
Mieux, le 12 février 2007 plusieurs partis indépendantistes du territoire français faisaient ensemble une conférence de presse à Paris pour faire connaître l’Accord de Corti et interpeller les candidats à la présidentielles sur la question des droits des peuples sans Etat. Il y avait des représentants de Batasuna, de Corsica natione, independente, d’Esquerra Républicana de Catalunya, du PKLS, du CNCP ( implicitement du Palima dont les membres étaient encore membres du CNCP) du Mouvement pour la décolonisation de la Guyane. Ce même CNCP le 5 Mars 2009 envoyait à AlterPresse un document sur les évènements du 5 Février où il écrivait « La mobilisation populaire constitue le principal rempart contre les velléités de répression des colonialistes. C’est aussi par cette mobilisation que notre peuple sera capable d’imposer le respect de notre droit à l’autodétermination »
Le 07 octobre 1998, était publié le Manifeste martiniquais »Sanblé ba divini péyi-nou », manifeste signé des principaux partis indépendantistes de Martinique : CNCP , Conseil national des comités populaires, MPRM, Mouvement populaire pour la résistance martiniquaise, GRS, Groupe révolution socialiste, MODEMAS, Mouvement des démocrates et écologistes pour une Martinique souveraine, MIM, Mouvement indépendantiste martiniquais, PKLS, Pati kominis pou lendependans ek socialism.
Le dixième paragraphe affirmait très clairement : « les organisations soussignées réaffirment que le droit des peuples à l’autodétermination ne peut souffrir d’aucune exception et que la question de l’avenir institutionnelle de notre pays doit être traitée en conformité avec le droit international en matière de décolonisation ».
Chers amis indépendantistes, permettez que j’explique au Peuple le concept d’autodétermination
Il faut que le peuple comprenne l’autodétermination
L’autodétermination signifie simplement qu’en tant que peuple, nous avons le droit de dire nous-mêmes ce que nous voulons. Cela ne signifie pas que nous devons obligatoirement demander l’indépendance. Nous pouvons choisir d’être intégrés, nous pouvons choisir que l’on tienne compte de notre spécificité et nous attribuer un statut d’autonomie ; nous pouvons aussi demander de former un état associé à la France.
L’auto-détermination (ou droit des peuples à disposer d’eux-mêmes) est donc le principe selon lequel chaque peuple dispose d’un choix libre et souverain de déterminer la forme de son régime politique. Ce concept fut initialement formulé par le président des États-Unis d’Amérique Woodrow Wilson dans ses quatorze points, à la fin de la Première Guerre mondiale. Il fut une des bases du traité de Versailles pour la définition des frontières de l’Europe de l’Est et pour mettre en place la décolonisation. Ce concept fut introduit dans les règles du droit international et de la diplomatie par les signataires de la charte des Nations unies, en 1951.Il y eu, parmi « les buts des Nations Unies », celui de « développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes » (article 1, alinéa 2
Le principe stipule que tout peuple lorsqu’il est victime d’un oppresseur a le droit de se défendre. Il est notamment défini dans l’article premier du Pacte sur les droits civils et politiques du 16 décembre 1966 : « tous les peuples ont le droit de disposer d’eux-mêmes. En vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel. »
Voilà le principe sacro saint qui respecte la volonté du Peuple et qui doit régir toute évolution de notre statut. Aucun nationaliste, aucun autonomiste, aucun indépendantiste, personne ayant un minimum de respect pour son Peuple n’y déroge.
Pour le vote du 10 Janvier en faveur de l’article 74 tous ceux qui avaient choisi de voter oui, bafouaient ce principe sacro-saint et par conséquent faisait preuve de mépris pour ce Peuple. Mais oui, avant l’article 74, l’article 72-3 nous avait enlevé notre nature de Peuple et donc notre droit à l’autodétermination. Ils avaient beau hurler, invectiver, traiter tous les autres de traitres, cela n’enlevait rien à la réalité des faits ; la question légitime que l’on était amené à se poser était : est-ce que les leaders du MIM, du MODEMAS, du CNCP, du PALIMA, étaient encore patriotes respectueux du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Eh bien la réponse est NON. Ils avaient montré les limites de leur culture politique et de leur sincérité en entretenant la confusion entre une avancée qui offrait plus d’autonomie dans un cadre néocolonialiste de liberté surveillée et l’Autonomie.
Qui plus est ils s’étaient mis à dénigrer l’article 73 qui avait atteint ses limites et dont on ne pouvait rien tirer.
Tiens après le NON populaire au 74, les voilà qui trouvent des vertus au 73 sur lequel ils avaient craché ; il se représentent aux élections pour aller gérer une Collectivité qu’ils vomissaient précédemment. Quelle honte !
Le droit à l’autodétermination a été bafoué du jour où, AMJ est allé faire une « Déclaration de Basse-terre » avec les deux autres présidents de Région. Si l’idée en elle-même était bonne, la procédure envisagée était plus que douteuse. En effet, la transformation de nos DOM en Régions d’Outre-mer devrait se faire par modification de la Constitution ou par la promulgation d’une loi. Dès lors le peuple était largué.
De plus, quand le Congrès, dont la création avait été acceptée par Jospin par l’argument avancé par Claude Lise du Préambule de la Constitution de 1946 nous considérant comme des Peuples, a vu ses conclusions refusés par Madame Girardin du fait de la modification de l’article 72-3, il fallait arrêter les travaux du Congrès et le déclarer caduc.
C’est ce qui expliquait le cri désespéré de Letchimi exigeant auparavant une réforme constitutionnelle et son opposition au choix de la majorité des élus.
Aujourd’hui, avec les résultats obtenus, il faut récurer les écuries d’Augias . Ils n’ont pas compris que le peuple a confirmé qu’il n’était pas encore prêt pour la brutalité et qu’il rejetait le plus d’autonomie offert dans un article néocolonial n’ayant rien à voir avec l’Autonomie prôner par le père de la Nation martiniquaise, Aimé Césaire.
Il faut que le Peuple sanctionne nettement ces individus en réduisant leur score à la portion congrue.
Pour qui voter alors ?
D’abord il ne faut pas voter pour des hommes, car ils sont mortels ; il faut voter pour des idées, car elles sont éternelles.
Pour la droite ; certainement pas car elle a fait preuve de mauvaise foi en déclarant que le problème de l’évolution institutionnelle était clos . En fait, il n’y a eu d’évolution institutionnelle que dans la réforme administrative, assemblée unique au lieu de deux assemblées, mais il n’y a pas eu d’évolution statutaire, dans l’évolution des Institutions. Il ne faut pas jouer sur les mots. La droite a un énorme défaut ; c’est qu’elle aide le colonialisme dans son entreprise d’assimilation ; elle nie notre spécificité de peuple. Et la Collectivité unique est pour elle une fin. Elle n’offre en fait que plus de lisibilité dans l’organisation des pouvoirs locaux. La droite va s’installer dans l’assistanat en le présentant comme une exigence de notre appartenance à la France, comme le limousin.
L’autre composante importante de l’échiquier politique est le PPM et ses partenaires. Ce parti a rejeté le néocolonialisme du 74 tout en sauvegardant la réforme administrative et la possibilité d’évoluer vers plus de dignité dans le 73 en tenant compte de nos spécificités. Le PPM et ses partenaires proposent simplement une évolution apaisée, à l’écoute d’un Peuple qui nous le savons, n’a pas comme la droite l’affirme, renoncer à faire valoir ses spécificités. Tout en faisant des habilitations dont il a obtenu le passage de 2 à 6 ans, il veut nous amener à explorer les champs du possible en se projetant vers un statut respectant l’égalité des droits tout en admettant le droit à la différence. En fait, un vrai statut de RUP comme le souhaite l’Europe dans sa Charte. Et il veut aller au pas du Peuple et pour le Peuple et seulement si le Peuple le désire .
Pour bien montrer l’importance pour l’avenir du PPM à la Région, il faut voter en masse pour ce parti de façon qu’il fasse un score sans équivoque dès le premier tour."


